DE LA POLLUTION DES RUES À LA POLLUTION DE LA VIE PUBLIQUE

 DE LA POLLUTION DES RUES À 

LA POLLUTION DE LA VIE PUBLIQUE


La campagne électorale bat son plein. Les partis politiques présentant leurs candidats et exposant leurs programmes - s'il y en a ! -  courent les rues des villes et villages Mais il y a quelque chose de profondément symbolique dans le spectacle que nous offrent nos rues et places publiques pendant les campagnes électorales. À peine distribués, tracts, brochures et prospectus sont abandonnés sur les trottoirs, dans les caniveaux, aux pieds des commerces et jusque dans les espaces verts. Le candidat promet une ville propre, moderne et bien gérée ; sa propagande, elle, contribue parfois à la transformer en décharge à ciel ouvert.

Mais cette pollution matérielle n'est-elle pas, au fond, le reflet d'une autre pollution, beaucoup plus difficile à nettoyer ?

La rue se couvre de papier comme la vie politique se couvre de promesses. Les trottoirs s'encombrent de tracts comme l'espace public s'encombre de slogans. Les déchets de campagne disparaissent avec les agents de nettoyage; les déchets politiques, eux, peuvent rester des années.

À la pollution visible des brochures jetées à terre répond ainsi une pollution invisible : celle de la parole politique lorsqu'elle est réduite à la promesse facile, celle de la compétition électorale lorsqu'elle devient affaire d'argent et de clientélisme, celle des investitures lorsqu'elles sont soupçonnées de se négocier comme des marchandises et celle de l'électeur lorsqu'il est considéré non plus comme un citoyen à convaincre, mais comme une voix à conquérir. A acheter. Ainsi à humilier !

Autrement dit, ce qui jonche nos rues n'est peut-être que le résidu matériel d'un système qui produit aussi ses propres déchets politiques.

On imprime par milliers des visages et des slogans pour quelques jours de campagne; on distribue des promesses par milliers pour quelques années de mandat. Dans les deux cas, la logique est parfois la même : produire beaucoup, séduire vite, consommer immédiatement… et laisser à d'autres le soin de gérer les conséquences.

Voilà pourquoi la pollution électorale ne devrait pas être considérée comme une simple question de propreté urbaine. Elle pose une question politique : quelle conception du citoyen se cache derrière une campagne qui dépense, distribue, promet et s'affiche à profusion, mais qui laisse derrière elle des rues sales et, parfois, une confiance citoyenne encore plus sale ?

Car les tracts finissent dans les poubelles.

Les promesses non tenues, elles, ne s’évaporent jamais : elles persistent, à jamais, dans la mémoire des citoyens. En revanche, les 450 millions de dirhams de subventions accordées aux « acteurs » politiques, prélevés sur les deniers des contribuables, semblent, eux, s’être évaporés dans l’air. Puis viendra l’heure de remettre le spectacle en scène : cinq années d’attente, et Sisyphe réapparaîtra, poussant inlassablement le même rocher sur la pente du même « théâtre électoral » sous les applaudissements convenus d’une nouvelle campagne.


Dr Ali GHOUDANE 

Tétouan, le 20 Septembre 2026

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