RODÉOS URBAINS ET ANARCHIE ROUTIÈRE : LE MAROC FACE AU PHÉNOMÈNE DES « JEUNES MOUTARDS »
RODÉOS URBAINS ET ANARCHIE ROUTIÈRE :
LE MAROC FACE AU PHÉNOMÈNE DES « JEUNES MOUTARDS »
« Les jeunes n'ont plus la notion de rien, tout est permis, il n'y a plus de règles » - Geneviève de Fontenay (1).
Que de fois au volant, de jeunes mineurs à moto ou à trottinette nous obligent à ralentir, à freiner et parfois même à nous arrêter, laissant la voie libre à ces perturbateurs comme s’il s’agissait d’usagers prioritaires !
On ne badine pas avec la mort (2) !
Dans plusieurs villes du Maroc, la prolifération de jeunes conducteurs de motos — souvent mineurs, sans casque et ignorant les règles élémentaires du code de la route — suscite une inquiétude grandissante parmi les citoyens. Rodéos urbains, circulation anarchique, excès de vitesse, nuisances sonores et comportements à haut risque (violence et attaques contre des citoyennes cherchant à leur piquer leur sac !...) transforment certains quartiers en espaces d’insécurité quasi permanente pour les piétons comme pour les automobilistes.
Ce constat, nourri par des situations concrètes vécues par de nombreux particuliers et familles, révèle un phénomène social de plus en plus préoccupant. Car lorsque l’espace public devient le théâtre quotidien d’incivilités et de mises en danger répétées, c’est le vivre-ensemble lui-même qui se trouve fragilisé.
En effet, le phénomène des « jeunes moutards », expression populaire désignant de très jeunes conducteurs de motos ou de scooters, prend une ampleur préoccupante dans plusieurs agglomérations marocaines. Dans des quartiers urbains comme dans certaines zones périphériques, ces adolescents occupent l’espace public au guidon de motos trafiquées ou non immatriculées, souvent dans une totale indifférence aux règles élémentaires de sécurité.
La circulation à grande vitesse dans les rues étroites, les dépassements dangereux, les acrobaties improvisées et l’usage excessif des avertisseurs sonores provoquent un climat d’insécurité grandissant. Les piétons, notamment les personnes âgées et les enfants, deviennent les premières victimes de cette anarchie routière, tandis que les automobilistes dénoncent une multiplication des comportements imprudents susceptibles de provoquer des accidents graves d'où la nécessite de l'intervention urgente des autorités compétentes vue la gravité dudit phénomène. À cela s’ajoute le besoin d’aménager, sur les grands axes, des couloirs réservés exclusivement et obligatoirement aux motocyclistes et aux cyclistes.
Au-delà de la question sécuritaire, ce phénomène révèle un malaise social plus profond. Beaucoup de ces jeunes vivent dans des contextes marqués par le chômage, l’échec scolaire, le manque d’espaces de loisirs et l’absence de perspectives. La rue devient alors un lieu d’affirmation identitaire, où la moto symbolise à la fois la liberté, la puissance et la reconnaissance sociale.
Plusieurs observateurs pointent également la responsabilité de certaines familles qui ferment les yeux sur la conduite de leurs enfantsmineurs, parfois sans permis ni assurance. À cela s’ajoutent la facilité d’accès à des motos bon marché et la faiblesse des contrôles dans certains quartiers.
Face à cette situation, les appels à un renforcement des contrôles policiers se multiplient, mais nombre d’acteurs associatifs estiment qu’une réponse purement sécuritaire demeure insuffisante. Ils plaident pour une approche globale associant prévention, sensibilisation routière, encadrement des jeunes et création d’espaces sportifs et culturels capables d’offrir des alternatives à l’oisiveté.
Le défi est donc double pour les pouvoirs publics au Maroc : restaurer l’autorité de la loi dans l’espace public tout en traitant les racines sociales et éducatives d’un phénomène qui menace de devenir un véritable problème de société — bien qu’il le soit déjà..
Dr Ali GHOUDANE
Tétouan, le 24 Mai 2026
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(1) Geneviève de Fontenay (1932-2023) était une personnalité emblématique de la télévision et des concours de beauté en France. Surnommée « la dame au chapeau », elle était reconnaissable à son style noir et blanc et à son célèbre chapeau qu’elle portait presque constamment en public.
(2) Statistiques clés et gravité : Les motos sont impliquées dans près de 2 300 accidents impliquant des motocyclistes constituant une véritable urgence nationale. En effet, les motards perdant la vie sur les routes marocaines représentent environ 45 % de l’ensemble des décès liés aux accidents de la circulation — soit près de six morts par jour !

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