1er mai 2026 au Maroc : LES RETRAITÉS, ANGLE MORT PERSISTANT DES POLITIQUES SOCIALES
1er mai 2026 au Maroc :
LES RETRAITÉS, ANGLE MORT PERSISTANT DES POLITIQUES SOCIALES
Au Maroc, comme ailleurs dans le monde, le 1er Mai est l’occasion de poser une question plus discrète, parmi tant d'autres, mais essentielle : que deviennent nos retraités après des décennies d’effort au service de l'État et des citoyens ?
Des pensions souvent en deçà du minimum vital
Dans le contexte marocain, une grande partie des retraités perçoit des pensions modestes, voire très faibles. Entre les affiliés à la CNSS, ceux de la CMR ou encore du RCAR, les écarts sont importants, mais une constante demeure : l’insuffisance des revenus face à l’augmentation du coût de la vie, soins médicaux, loyers, alimentation, eau-electricité… Néanmoins, les dépenses incompressibles absorbent l’essentiel des pensions déjà limitées.
Des réformes en débat, des attentes fortes
Face à cette situation, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs chantiers de réflexion visant à assurer la viabilité financière des systèmes de retraite. Toutefois, ces réformes, souvent d’ordre technique, peinent à répondre à l’urgence sociale que vivent les retraités. L’enjeu ne se limite pas à l’équilibre des caisses : il s’agit aussi de garantir des conditions de vie dignes après une vie de travail.
Certes, le gouvernement actuel a fini par accorder une augmentation de 5 % des pensions relevant de la CNSS, avec un minimum de 100 dirhams. Cette mesure, approuvée fin 2022 pour le secteur privé vient d'être appliquée de manière rétroactive au 1er janvier 2020 pour les retraités antérieurs à cette date.
En 2026, la pension minimale a également été révisée, avec un seuil d’éligibilité abaissé à 1 320 jours de cotisation (au lieu de 3 240), permettant d’en bénéficier à partir du 1er mai 2025, avec effet rétroactif au 1er janvier 2023.
Cependant, les affiliés des autres régimes restent dans l’ombre, comme en suspens, attendant toujours des mesures concrètes, attendant vainement Godot !
Selon l’Union Marocaine du Travail et en marge des réunions du dialogue social, l’action des centrales syndicales et des responsables des régimes de retraite a permis de contenir des propositions gouvernementales jugées risquées pour les droits des salariés, dans le public comme dans le privé. L’organisation rejette les « réunions d’alibi » et plaide pour un diagnostic rigoureux de chaque caisse, préalable indispensable à l’élaboration de réformes réellement efficaces.
Santé et vieillissement : vieillir coûte cher !
Avec l’avancée en âge, les besoins en soins augmentent, alors même que l’accès à des services de santé de qualité reste inégal. Malgré les avancées relatives de la couverture médicale, de nombreux retraités continuent de faire face à des restes à charge élevés (ou du noir payé sous table) aggravant leur précarité.
Une force sociale encore dispersée
Les retraités marocains restent peu structurés en tant que force sociale organisée. Leur faible représentation limite leur capacité à peser sur les décisions publiques, malgré l’ampleur des enjeux qui les concernent directement.
D'où la nécessité pour les retraités marocains à l'instar de Ceux de France, de se structurer principalement autour de syndicats et d'associations spécifiques dont l'objectif est de défendre le pouvoir d'achat, le maintien des pensions et surtout à peser sur les réformes, tout en permettant aux retraités de rester actifs syndicalement après leur carrière, chose effective au Maroc - malgré l'opposition de certaines parties !
En France, par exemple, les retraités constituent un corps social respecté et écouté. Ils participent activement à la vie associative, culturelle et politique. Leur expérience est valorisée, leur voix pèse dans les urnes et leurs conditions de vie font l’objet d’un suivi attentif.
Pour une vieillesse digne : un impératif national
En ce 1er mai 2026, élargir la réflexion aux retraités n’est plus une option, mais une nécessité. Revalorisation des pensions, généralisation de la protection sociale, accès équitable aux soins - et pourquoi pas aux loisirs : autant de chantiers urgents pour garantir la dignité de celles et ceux qui ont contribué au développement du pays.
Car au fond, la manière dont une société traite ses retraités en dit long sur sa conception de la justice sociale et de la solidarité.
Dr Ali GHOUDANE
Tétouan, 28 Avril 2026
Mon blog : kroniquesociale.blogdpot.com
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