LA RÉFORME DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC AU MAROC LE RECOURS À LA « THÉRAPIE DE CHOC »
Il n'est pas étonnant que la Journée internationale des Droits de l'Homme 2023 soit célébrée sous le thème "Dignité, liberté et justice pour tous", car elle coïncide avec les manifestations des enseignants dans leur lutte juste et légale dont la principale revendication, outre l'augmentation de leur salaire, leur principale revendication est la "dignité". En effet, quoi de plus important pour l'homme que sa dignité ? Être reconnu et écouté ! À partir de ce niveau, l'individu comprend que son interlocuteur saisit et comprend ses actes et ses paroles. Cependant, ce que nous vivons et voyons aujourd'hui, c'est le contraire. Les grèves des enseignants et la paralysie des établissements scolaires depuis plus de deux mois sont ignorées et traitées avec indifférence, en raison du nouveau statut rejeté et contesté par tous les partenaires, y compris les syndicats qui ont participé à son élaboration ! Ce statut a été élaboré et publié à l'insu des personnes concernées dans le bulletin officiel ! Depuis, des réunions et des négociations stériles et infructueuses ont eu lieu.
Il est important de noter que la principale revendication des enseignants est l'abrogation du nouveau statut et surtout de ses articles 1 et 2, qui indiquent l'existence de deux catégories distinctes d'enseignants : une catégorie relevant directement de l'administration centrale du ministère de tutelle, soit du statut de la fonction publique, et une seconde des académies régionales du Royaume, des enseignants dits contractuels ! Où est l'unification dans ce nouveau statut ?
Certes ces deux articles 1 et 2 demeurent le point essentiel du désaccord entre, d’une part la FNE (Orientation démocratique), la Coordination des enseignants du secondaire, la Coordination unifiée des enseignants et Cadres de soutien et la Coordination nationale de l’éducation et, d’autre part, le Comité gouvernemental.
Néanmoins, pourrait-on reformer le système éducatif marocain sans accorder une place privilégiée et un statut social honorable aux enseignants et sans les faire participer aux débats relatifs à leur secteur au nom de la démocratie participative ? Les articles 1 et 2 du nouveau statut semblent vouloir maintenir le recrutement par contrat et présagent une tendance vers la privatisation de l’école publique citoyenne et gratuite sous prétexte que le secteur de l’enseignement public est improductif.
Que Singapour nous serve de modèle : pour créer un système éducatif performant, l’Etat a misé sur les enseignants. Et ce fut un véritable sucées. Rappelons que c’est le pays où le professeur est roi ! Que nos responsables s’inspirent des bons exemples et faire à ne pas appliquer à la lettre toutes les recommandations FMI dans tous les domaines. Des secteurs comme l’enseignement, la santé et la justice devraient rester intouchables et avoir un caractère souverain et prioritaire. Donc pas de phobie des Enseignants !
En effet, la corde reste tendue entre les deux parties et les établissements scolaires demeurent paralysés. Des élèves sans scolarité ! Aussi enseignants et leurs élèves sont-ils devenus victimes et lésés dans leurs droits : les premiers leur droit à l’amélioration de leurs conditions matérielles et morales ; les élèves dans leurs droits à l’apprentissage et au savoir.
Ce climat tendu, selon des enseignants, semble être une stratégie dictée, voire imposée, par le FMI. Il s’agit de la « thérapie de choc » préconisée par cet organisme international ! Les retenues sur les salaires constituent l’une des formes de thérapie de choc administrée aux enseignants ! Le FMI recommande également l’investissement dans le capital humain en vue de « moderniser la fonction publique en poursuivant résolument les efforts de décentralisation, en améliorant les performances du personnel et de l’administration, en réduisant les effectifs superflus et en rationalisant l’administration ».
Paradoxe ! De quelle fonction publique s’agit-il ? Comment investir dans le capital humain sans garantir au fonctionnaire (en général) la stabilité sociale et matérielle ? Et c’est ce que revendiquent les professeurs contractuels dits fonctionnaires des académies régionales ! Cet organisme prône la décentralisation et la réduction des effectifs superflus ou inutiles dans son Mémorandum économique du Maroc à l’horizon 2040. Or cet organisme recommande au pays de mettre l’éducation au cœur de ses reformes s’il veut accélérer son développement économique ! Alors comment expliquer cette vision ? Equivoque ? L’importance et l’inutilité du capital humain jugé comme superflus ? Vision schizophrénique ! Comment réaliser un développement économique et social (celui-ci parait ignoré ou mis de côté !). Car tous les problèmes économiques sont des problèmes sociaux et tous les problèmes sociaux sont des problèmes économiques. Relation dialectique entre l’économique et le social. Le développement économique implique le développement du social et vice versa.
Développer un pays nécessite effectivement un capital humain bien formé et instruit. Impératif de notre monde contemporain. D’où la nécessité de réhabiliter le système éducatif pour qu’il puisse jouer un rôle essentiel dans le progrès et la prospérité de notre nation et être capable de suivre l’évolution scientifique et technologique du 3e millénaire. Suivre cette évolution exige des responsables de l’éducation de ne plus comptabiliser les enseignants dans la rubrique du matériel d’équipement (tableaux, craie, fournitures de bureaux …). L’accent devrait être mis, enfin, sur l’enseignement public et gratuit en accordant une priorité à l’entretien et au développement du capital humain.
Néanmoins, qu'on le veuille ou non, notre pays, étant sous tutelle du FMI, est sur la voie de la privatisation de tout ce qui reste des acquis du Peuple marocain, non pas seulement du secteur de l'enseignement public, mais du reste des entreprises publiques et autres secteurs sociaux à savoir la santé ... à l'horizon de 2030-2040.
Finalement, la vision qu'ont nos responsables du secteur de l'enseignement hypothèque l'école et la fonction publiques marocaines et l'avenir des générations actuelles et futures, un avenir incertain et exposé à d'éventuelles crises.

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