LE SURENDETTEMENT DES CONSOMMATEURS


 

Les dettes, c'est souvent le commencement de la ruine.”

Qu’est-ce qui fait qu’un individu s’enlise dans des crédits, tombe dans la panade ? Qui le pousse à tenter de satisfaire un certain nombre de ses besoins et compenser ses privations, vivre au-dessus de son niveau socio-économique par son recours aux emprunts et crédits et par conséquent se trouver dans l’incapacité de joindre les deux bouts, voire dans l’incapacité de régler ses traites ? De payer l’épicier du coin ? ...

Comprendre le rôle joué par les facteurs sociaux et culturels dans le surendettement des consommateurs, c’est, selon André Caron[1], se faire le postulat que le surendettement, situation concrète et matérielle, peut être le résultat d'une très forte intégration et d'une incapacité de garder une distance avec les valeurs et les normes culturelles et sociales dominantes dans la société de consommation.L’étude d’André Caron porte sur le surendettement des consommateurs en tant que phénomène qui, à en juger par les problèmes qu'il soulève chez les particuliers et par les répercussions sociales qu'il entraîne, est devenu un sujet d'intérêt public et en voie de devenir un problème de société.

Mais chez-nous, au Maroc, ce phénomène est en progression géométrique bien que nous ne disposions pas de chiffres ni de données pour évaluer un tel phénomène et nos institutions bancaires elles-mêmes ignorent les problèmes et les états de stress dans se débattent quotidiennement leurs clients victimes avec un surendettement non encore solutionné ! Insouciance ou absence d’instrument statistique adéquat pour mesurer le phénomène de l’endettement et du surendettement.

Au Canada et au Québec (aire d’étude de Caron), tout comme aux Etats-Unis et dans certains pays d'Europe, l'endettement des consommateurs atteint aujourd'hui des sommets inégalés. Dans tous ces pays, la tendance est la même : indépendamment de la manière de le définir, le crédit à la consommation ne cesse de s'accroître, et, il s'accroît plus vite que le revenu personnel disponible[2]. Ainsi, au Canada, de 1983 à 1992, le crédit à la consommation s'est accru au rythme de 9% par année tandis que le revenu personnel disponible augmentait à un rythme moyen de 6 %. À la fin de cette période, le crédit à la consommation atteignait 98 milliards de dollars et le crédit hypothécaire 314 milliards (Statistique Canada 1994a). En juillet 1996, ces sommes avaient encore augmenté : le crédit à la consommation était de 126 milliards de dollars et les prêts hypothécaires de 351 milliards (L'Observateur Économique Canadien, octobre 1996). Le Québec a connu le même phénomène. Entre 1983 et 1993, le crédit à la consommation augmentait en moyenne de 10,4 % par année, alors que le revenu personnel disponible connaissait une augmentation moyenne annuelle de 6%. Cela se traduisait par 10 milliards de dollars en crédit à la consommation en 1983, comparativement à 24 milliards de dollars en 1993 (Bélanger, D. et M. Couture.1994) et à quelques 51 milliards de dollars en crédit hypothécaire en 1993, soit trois fois plus qu'en 1983 (Statistique Canada, 1994a).

Cette tendance persistante s'est traduite, pour les consommateurs, par un accroissement parallèle de leur endettement. Des chiffres, préoccupants en soi, le sont d'autant plus qu'ils ne tiennent pas compte de tous ceux qui ont pu solutionner leurs problèmes financiers autrement que par la faillite (la consolidation de dettes ou la vente d'actifs par exemple), et qu'ils ne disent rien non plus de tous ceux qui se débattent quotidiennement avec un surendettement non encore solutionné. Il est d'ailleurs impossible d'en estimer le nombre car on n'est pas toujours dotés d'un instrument statistique adéquat pour mesurer le phénomène de l'endettement et du surendettement.

S'il est encore une réalité ignorée des statistiques, le phénomène de l‘endettement et du surendettement des consommateurs ne l'est plus de la littérature scientifique. Depuis les deux dernières décennies en effet, les recherches qui en ont fait leur objet abondent. Dans ce foisonnement se dessinent trois manières d'appréhender le phénomène : ou bien ces recherches portent sur les caractéristiques sociodémographiques des surendettés et les événements de la vie qui peuvent les précipiter dans le surendettement, ou bien elles étudient les variables psychologiques et attitudinales pouvant conduire au surendettement, ou bien elles tentent de faire la synthèse des facteurs personnels, psychosociaux et économiques liés au surendettement[3].La première série de recherches, principalement quantitatives a permis de trouver des corrélations statistiques significatives entre l'endettement et le surendettement des consommateurs et les variables suivantes: l'insuffisance, la chute, l'interruption des revenus, la précarité, l'instabilité ou la perte d'emploi, certains évènements inattendus tels que l'arrivée d'un bébé, une situation de stress intense ou d'une crise émotionnelle, la séparation, le divorce ou le décès du conjoint, la maladie grave et prolongée ou un accident, un plus faible niveau d'éducation, le fait d'appartenir à la classe sociale inférieure, le fait d'être une femme, d'être locataire, la présence de jeunes enfants ou la taille de la famille ...

La contribution des recherches menées dans la compréhension du phénomène de l'endettement et du surendettement des consommateurs est importante ; en dressant ainsi le portait de l'endetté ou du surendetté type, elles permettent d'identifier les consommateurs qui sont aux prises avec de séreux problèmes financiers ou susceptibles de l'être. Mais la caractérisation socioéconomique à laquelle ces recherches donnent lieu, décrit plutôt qu'elle n’explique, le phénomène de l'endettement. Il n'est en effet pas possible à partir de ces travaux de comprendre pourquoi certains individus correspondant au profil socio-économique type ne sont pas endettés et, inversement, pourquoi certains individus qui n'y correspondent pas sont aux prises avec un endettement problématique. En outre, ces profils sont contestés par d'autres auteurs qui, s'ils ont aussi constaté le lien étroit entrezw l'endettement, l'insuffisance de revenus et l'occurrence d'événements traumatisants, ont aussi constaté que l'endettement n'est pas seulement le fait d'une détresse économique et qu'il a tendance à s'accroître avec le revenu sont au nombre de ceux qui ont conteste le profil type.

Dans une étude consacrée aux causes et aux conséquences des faillites, ces auteurs en sont arrivés à la conclusion que l'augmentation du nombre de faillites personnelles est la conséquence d'une disproportion entre les revenus et les dépenses et que cette disproportion est due à l'augmentation générale du niveau d'endettement des consommateurs. Ces auteurs constatent que l'augmentation du niveau d'endettement des particuliers est parallèle à l'augmentation générale de leurs revenus. Les auteurs soulignent également l'importance du rôle joué par l'irresponsabilité mutuelle de la dyade prêteurs/emprunteur et par l'instabilité économique dans l’explication de l'augmentation dramatique du nombre de faillites personnelles. Enfin, cette étude montre que les faillites ne sont pas caractéristiques d'une classe sociale particulière et que les problèmes financiers qui y conduisent existent dans n'importe quel groupe ou communauté ; plus de la moitié des faillis de l'échantillon étaient en effet propriétaires de leur maison, travaillaient à temps plein et devaient en moyenne deux fois leur revenu annuel.

Les recherches en psychologie économique jettent sur le phénomène de l'endettement et du surendettement des consommateurs un éclairage supplémentaire. Ce deuxième type d'études se consacre surtout à identifier les variables d'attitudes qui pourraient être associées de façon si significative à l'endettement et au surendettement des consommateurs. 

Ce type d’études a aussi mis en évidence d'autres corrélations. Il a été ainsi possible de constater que la recherche d'aide ou d'information entreprise par les utilisateurs de crédit ressemble à celle qu'entreprennent les consommateurs: c'est-à-dire qu'elle est généralement peu fréquente mais qu'elle augmente sensiblement lorsque l'emprunteur jouit d'un haut niveau d'éducation ou lorsque le niveau d'endettement est important (Lea, Webley et Walker 1995; Chang et Shennan; 1992), que les individus surendettés sont plus que les autres sensibles aux pressions commerciales exercées par l'arrivée d'un nouveau produit, par la publicité et par les vendeurs (Lunt et Lrvingstone 1991), que ces mêmes individus sont tout aussi sensibles aux pressions sociales, surtout celles dérivant des attentes d'autrui, des standards de vie établis et de la conception prévalente du nécessaire, que la faillite est la plupart du temps vécue comme un échec financier et personnel et que les faillites à répétitions voulues et intentionnelles causées par un rejet total des responsabilités ou par une utilisation consciente des faiblesses de l'industrie du crédit sont marginales.

C'est ainsi par exemple que Caplovitz (1981), après avoir étudié plus de 1300 ménages endettés, en arrive à la conclusion que l’endettement est rarement le produit de l'irresponsabilité ou d'un abus du système: près de 50% des sujets de cette étude avaient subi des pertes de revenus parce qu'ils étaient malades ou qu'ils avaient perdu leur emploi, 20% de ces sujets avaient trop d'obligations financières, 189 avaient vécu une séparation ou un divorce et s'étaient retrouvés avec tous les frais à assumer et 179 des sujets avaient cessé de payer parce qu'ils avaient l'impression d'avoir été victimes d'un marchand malhonnête (marchandise défectueuse. Erreur dans le produit, mensonge sur le prix). Seulement 4% des sujets de cet échantillon auraient utilisé intentionnellement les faiblesses du système. Sullivan. Warren et Westbrook (1989) estiment ce nombre à 5% et ils insistent sur le fait que dans la grande majorité des cas, ce sont des individus en réelle difficulté financière qui déclarent faillite et qu'avant de déclarer faillite, ces individus ont longtemps supporté une situation de vie difficile.

Malgré la disparité des résultats, des conclusions et des hypothèses à propos des variables d'attitudes, tous les chercheurs qui appartiennent à ce type de recherches s'entendent sur un point: s'il est indéniable que les dettes et la capacité à les régler sont fortement influencées par des circonstances économiques, par l'occurrence d'événements traumatisants et par certaines conditions familiales, ce sont, par-dessus tout, les facteurs sociaux et psychologiques qui sont les plus importants dans l'explication du phénomène.

Parmi ceux qui ont cherché à comprendre le phénomène de l'endettement et du surendettement des consommateurs à partir de variables psychologiques et d'attitudes, un petit groupe de chercheurs, principalement des psychosociologues et des psychiatres, se sont intéresses au phénomène de la compulsivité à l'achat, un phénomène qui, selon l’estimation de Faber et O'Guinn (1989) confirmée par Scherhom et al. (199û), concernerait environ 6 % de la population du Canada.

Malgré des divergences importantes quant à la manière de comprendre, de définir et d'appréhender la compulsivité à l’achat[4]. Les auteurs s'entendent sur trois caractéristiques fondamentales: un besoin ou une pulsion irrésistible et incontrôlable, des efforts de contrôle qui échouent et des sentiments négatifs post-comportementaux (remords. culpabilité, honte, dégoût, angoisse, frustration).

Les différentes recherches sur le sujet permettent de dresser le profil type du consommateur compulsif, de comprendre ce qui motive ce comportement et les conséquences qui en découlent Ainsi, les consommateurs compulsifs sont surtout des femmes, des femmes plutôt jeunes qui ont habituellement vécu une enfance traumatisante, qui ont une faible estime de soi, qui ont tendance à être dépressives, qui souffrent parfois d'autres désordres, qui éprouvent un grand besoin de sécurité, qui ont tendance à être obsédées par l'argent et par le statut social, qui sont grandement influentes par le contenu symbolique de l'objet, qui sont particulièrement sensibles à l'influence sociale, à l’influence médiatique et à I'influence des paires; et qui souvent jouissent de revenus plus élevés que la moyenne de la population (Christenson, Faber et al. 1994).

Les consommateurs compulsifs rapportent qu'ils achètent frénétiquement soit parce qu'ils éprouvent un urgent besoin de fuir un stress, une émotion ou une situation désagréable, soit parce qu'ils sont à la recherche de réconfort, de consolation, de récompense, de gratification ou de sécurité. Au moment de l'achat, ils affirment ressentir des émotions agréables (soulagement, sentiment de puissance ou d'allégresse, augmentation de l'estime de soi, "high"). Selon les différentes études, il semble que ce soit l'acte d'achat lui-même et les émotions agréables qui lui sont associées que cherchent les compulsifs. Ceux-ci disent en effet ne pas éprouver de plaisir avec les objets achetés que, par ailleurs, ils cachent, accumulent, donnent, entreposent, rendent, vendent ou jettent à la poubelle (McElroy et al. 1994; Christenson, Faber et al. 1994; Knieger 1988).

Les conséquences de la cornpulsivité à l'achat sont nombreuses et interfèrent dans de nombreuses sphères de la vie des consommateurs compulsifs: dissension dans le ménage,  dépendance aux cartes de crédit, détérioration de la santé physique ou émotionnelle, problèmes légaux, professionnels et sociaux, un sentiment de perte de contrôle, de la culpabilité et l'impression d'agir d'une façon insensée, stupide, immature, ou anormale. Cette culpabilité personnelle devient obsessive et finit par dominer leurs pensées. Certains ressentent alors du découragement, d'autres s'isolent ou essaient de fuir en déménageant par exemple ou en échafaudant des idées suicidaire. Un petit nombre d'entre eux en viennent à commettre des actes illégaux tels le vol, la fraude économique ou les détournements de fonds (Hirschman 1992).

Les recherches en psychologie économique apportent donc au phénomène de I'endettement des consommateurs un apport indéniable: elles permettent de mieux comprendre pourquoi un individu est surendetté et un autre ne l'est pas alors qu'ils disposent sensiblement des mêmes revenus et qu'ils vivent sensiblement dans les mêmes conditions. Autrement dit, elles démontrent que I'endettement, au-delà des facteurs socio-économiques et des événements traumatisants de la vie, peut être une question d'attitude ou, en ce qui concerne la compulsivité, le résultat d'un rapport pathologique la consommation. Mais elles ne permettent pas de comprendre la formation de ces attitudes et la manière dont les individus ont été socialisés aux dettes, au crédit et à la consommation.

Plusieurs chercheurs se sont surtout intéressés aux règles d'attribution du crédit, à ses aspects légaux et sociaux, à la manière dont les consommateurs se servent du crédit, aux raisons pour lesquelles ils l'utilisent, à la manière dont ils réagissent aux dettes et à la manière dont ils s'y prennent pour les contrer. La plupart de ces auteurs en arrivent à la conclusion que la possession de trop de crédit ou de trop de sources de crédit différentes, la facilité à l'obtenir, les limites de crédit élevées et l'utilisation de crédit cher sont des facteurs importants dans  la détermination du niveau d'endettement des individus et qu'au-delà des facteurs socioéconomiques et des variables d'attitudes, c'est tout le système de distribution du crédit qui est à mettre en cause.

Mitchell (1989) fait partie de ceux-là. Dans une étude portant sur l'incidence des cartes de crédit, leurs effets et les causes de leur utilisation, cet auteur conclut que l'augmentation générale du niveau d'endettement des consommateurs est directement reliée à l'augmentation de l'utilisation du crédit  sous toutes ses formes. Selon lui, I'augmentation dans l'éventail des institutions de crédit, l'augmentation des types de crédit, la séparation du crédit d'avec certains biens précis, c'est-à-dire la possibilité pour le consommateur d'utiliser du crédit à sa guise, le changement d'attitude vis-à-vis du crédit tout particulièrement la croyance que le crédit fait partie de la vie moderne et que les transactions à crédit sont socialement acceptables, et l'augmentation des possibilités de crédit dans le commerce des ventes au détail sont les cinq principales causes de l'augmentation de I'utilisation du crédit. Sa recherche I'amène à conclure que les cartes de crédit  sont une source d'endettement parmi d'autres.

Pour qui veut appréhender dans son ensemble le phénomène de l'endettement ou du surendettement, les travaux de Duhaime sont importants à plusieurs égards. D'abord, ces travaux constituent en quelque sorte une synthèse des connaissances sur le sujet; les facteurs socio-économiques, les événements traumatisants de la vie et les variables d'attitudes relevées dans la littérature y trouvent presque toutes plus ou moins confirmation, ces travaux mettent en évidence certains types de surendettement jusque-là peu documentés, en particulier le sociotype des Parvenus. Enfin, les travaux de Duhaime sont originaux en ce qu’ils démontrent que les représentations, c'est-à-dire la manière dont les individus se représentent, conçoivent, comprennent et s'expliquent les événements, sont un élément fondamental dans la compréhension du phénomène.

Pour Duhaime, l'analyse de ses données lui a permis de confirmer l'existence d'un cycle du surendettement et l'importance des représentations individuelles dans la compréhension de la dynamique du surendettement:

Les représentations sont donc importantes parce que ce sont elles qui expliquentles trajectoires individuelles, qui permettent de comprendre pourquoi les variables habituellement associées au surendettement ne résultent pas toujours en détresse économique et pourquoi certains individus sont surendettés sans que ne puissent être mises en cause, dans leur cas, ni l'occurrence d’événements traumatisants ni une insuffisance ou une chute abrupte de revenu. Ce sont également les représentations qui expliquent qu'un individu ne se voit pas s'enfoncer dans la spirale du surendettement et qui l'y maintiennent une fois pris dans l'engrenage. Leur importance est d'autant plus grande que ce sont elles qui guident les pratiques de consommation et les modifications apportées à ces pratiques dans l'espoir de se dégager de la spirale du surendettement.

La présente étude s'inscrit dans le prolongement des travaux de Duhaime. L'importance des représentations dans l'explication des comportements économiques ayant été mise à jour, il restait à élucider les questions suivantes: d'où proviennent ces représentations, de quoi sont elles faites, que contiennent-elles, comment se présentent-elles, sur quels fondements sont elles forgées et comment s'expriment-elles? ...

Duhaime a donc mis en évidence l'importance capitale des représentations dans la compréhension et 1'explication de la dynamique du surendettement. Il n'a cependant pas cherché à comprendre le contenu et la provenance de ces représentations.

Par l'analyse du discours de sujets surendettés, la présente étude vise, à titre exploratoire, à comprendre le rôle joué par les facteurs sociaux et culturels dans le phénomène du surendettement. Dans ce cadre, nous faisons le postulat que le surendettement est le résultat ou la conséquence d'une forte intégration des valeurs et des normes culturelles et sociales qui prévalent dans la société de consommation ou d'une faible distanciation à leur égard.



[1] ANDRE CARON (1998), LE SURENDETTEMENT DES CONSOMMATEURS, ESSAI DE SOCIOLOGIE, Mémoire Présenté à la Faculté des Études Supérieures de I 'Université Laval pour l’obtention du grade de maître ès arts (M.A.), Département de sociologie, FACULTE DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL CANADA.

[2] HUIS (1993) rapporte que le volume du crédit à la consommation et l'incidence du surendettement des consommateurs diffèrent beaucoup entre les pays les consommateurs sont familiers avec les différentes formes de crédit et ses conséquences (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Danemark Hollande, BeIgique) et les pays où Ie surendettement des consommateurs n'est pas considéré comme un problème général mais comme un dilemme individuel (Italie. Espagne, Grèce). Le surendettement des consommateurs est beaucoup plus élevé dans les premiers que dans les seconds.

[3] Le lecteur qui aurait pris connaissance des travaux de G. Duhaime « Sociotypes des surendettés' » (1996 et « Cycle du surendettement et trajectoires individuelles » (1996). remarquera sans doute une grande similitude entre le présent relevé de littérature et ceux Q ces deux articles. Cette similitude s'explique par le fait que la présente étude, comme on le remarquera par la suite, est un prolongement des travaux de cet auteur desquels nous avons emprunté de larges passages.

[4] La nature même de la compulsivité, la manière de la définir et l'approche à adopter pour la comprendre ne font pas l'unanimité au sein des chercheurs. Pour certains, la compulsivité est à classer dans les "addictions" (Glatt et Cook 1989), d'autres la voient comme un désordre du contrôle des puisions (Christenson Faber et al. 1994), d'autres encore affirment qu'elle fait partie des désordres obsessifs-compulsifs ou des troubles de l'humeur (McElmy; 1994). Les chercheurs ne s'entendent pas non plus sur ce qui différencie la compulsivité à l'achat des comportements d'achats dits normaux. Ceux dont l'approche est psychopathologique affirment qu'elle est fondamentalement différente des niveaux les plus élevés d'une pulsion normale d'achat (O'Guinn et Faber, 1989) alors que ceux qui l’étudient sous un angIe psychosociologique soutiennent qu'elle est un cas extrême d'une pulsion généralisée à l'achat (D'Astous, Maltais et Roberge; 1990). La compulsivité est donc considérée par les uns comme une « maIadie »dont un petit pourcentage de la population serait affligé et par les autres comme une pulsion qui serait présente chez tous les individus mais à des degrés divers, les consommateurs compulsifs étant un cas extrême de cette pulsion.

 


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