COMMUNE RURALE BÉNI DARKOUL - UNE COMMUNE QUI SEMBLE AVOIR TOUT ET QUI MANQUE DE TOUT
[Un bref
déplacement, en ce début de septembre 2020, avant mon engagement en qualité de
professeur-chargé de cours de français à l'Ecole Privée El Kob de
l'Enseignement Traditionnel [Ataâlim Al-Atik], m'a amené à découvrir la région
de Chefchaouen : de Dardara au Centre Communal Beni Darkoul en passant par Bab
Taza et Chrafat.
A Beni Darkoul, j'ai ‘pu y passer quelques jours, puis des mois et j'ai pu constater un certain nombre de carences quant à l'infrastructure de base de première nécessité pour les habitants, commerces et établissements publics existants ..., et après des témoignages avec les habitants natifs dudit village, j'ai appris que cette commune connaissait un passé glorieux par rapport à l'actuel présent modeste pour ne pas dire misérable ! …].
Le Centre Commune Beni Darkoul relève administrativement de la Province de Chefchaouen, située à treize kilomètres du Cercle Bab Taza, en forme de cuvette que surplombent des montagnes rocheuses et à cinq kilomètres du Centre Chrafat où se trouve l'une des plus anciennes mosquées au Maroc, Mosquée Tarik Ibn Ziyad (VIIIe siècle, patrimoine historique et cultuel nécessitant – à mon avis – entretien et restauration à inclure aux autres potentialités touristiques et produits de terroir locaux).
Beni Darkoul abrite environ 15000
habitants (2014) ; des habitants simples, courtois et hospitaliers. La commune
dispose du Groupement d'Écoles Moussa Ibn Nousair (ex-''oficina'' ou local
administratif pour les militaires espagnols[2])
et du Lycée collégial Tarik Ibn Ziyad (le secondaire à Bab Taza assuré par un
bus scolaire faisant la navette quotidiennement). Dans ce domaine également, la
Commune a mis à la disposition des élèves des bus de transport scolaires (des
élèves dont la plupart est issue de familles paysannes et habitant les douars
loin des établissements scolaires de Beni Darkoul). Toutefois, le Conseil
communal local est appelé à faire davantage d'efforts dans les secteurs vitaux
socio-éducatifs (santé, enseignement et bien sûr celui de l'emploi pour les
jeunes en particulier) …
La commune dispose d'un dispensaire[3], Caïdat,
une pharmacie[4] ... et le
souk hebdomadaire (qui a lieu chaque dimanche et dont les travaux
d'assainissement et d'aménagement, selon les habitants, ont été amorcé puis
abandonné pour laisser le souk dans un état lamentable ; ce qui n'encourage pas
les gens à s'y installer ou à y investir …).
L'artisanat qui fut développé et dynamique
agonise et seul un ou deux ''mâalam'' artisans continuait à y exercer et
personne ne semble pas assurer la relève parmi les jeunes du village et
environs.
En matière de cuire, seul un mâalam très célèbre avec ses chaussures, sorte de babouche pour femmes, la fameuse ''Rihiya'', unique à Beni Darkoul seul tend vers son anéantissement avec les '' Chachiya'' ornées avec des morceaux de miroir et filets multicolores en laine … Même phénomène en matière de poterie où seule une ''mâalama'' artisane, une femme âgée, elle aussi très connue pour ses vases et brasiers en terre unique au niveau régional !
Rappelons que le secteur artisanal est un secteur prometteur d'emplois et parmi les produits essentiels pour la promotion touristique au niveau local, régional et national. Aussi demandons-nous si la société civile locale œuvrerait pour la formation des jeunes dans les métiers menacés de disparition et faire revire des métiers déjà disparus ou en voie de disparition !
Toutefois, malgré le poids de la pandémie, le Souk et les commerces (boutiques) enregistrent une relative activité. Paysannes et paysans des localités proches y exposent leurs produits agricoles (œufs, poulets "beldi", oignons, aile, piment vert et aubergines, coing ...) ; à savoir qu'on se procure la viande seulement le jour du souk, le poisson les mardis et samedis matin (un marchand de poissons en voiture en apporte) et les marchands de poulet disponibles au quotidien (trois boutiques) … A signaler l'existence jadis d'un abattoir bien équipé avec un vétérinaire qui y contrôlait la qualité des viandes venant chaque souk de Tétouan … actuellement dans un état d'abandon comme il en est le cas pour plusieurs locaux et maisons.
Là, l'on rencontre encore des femmes portant du bois au dos se préparant à la saison du froid et éventuelles neiges de l'hiver !
Pour accéder à Beni Darkoul, il n'y a pas de choix : il faut emprunter la Route Provinciale 4109, une décente sinueuse difficile (tel le point Bouhalla, un virage en forme de Z majuscule !) et délaissée avec des secousses et virages sur cinq kilomètres ... Zone, certes montagneuse avec des paysages verdoyants, forêts naturelles (résineuses, cèdre, sapins) parsemées de constructions dispersées aux toits en zinc ou en tuiles rouges et forêts naturelles (résineuses, cèdre, sapins) et forêts reboisées (oliviers, chêne liège ...). Zone capable d'investir ces potentialités naturelles en matière du tourisme rural lequel pourrait servir de bouffée d'air pour l’emploi de la jeunesse proie au chômage.
Le Centre Beni Darkoul, un village
qui semble avoir tout et qui manque de tout ; il manque de l'essentiel : l'eau
! Car l'eau, c'est la vie ا. L'approvisionnement
en eau se fait chaque matin pendant environ une heure. Pour ce faire, la
population doit rester vigilante et attentive attendant l'arrivée d'un filet
d'eau pour remplir seaux, bassines ou bouteilles ... n'importe quel récipient
lui tombant sous la main ou disposer de grandes citernes aux toits ! En effet
le château d'eau, vestige de l'ère coloniale, dote les habitants et les
commerces avoisinant le souk en eau[5]. A savoir
que sous le protectorat espagnol l'eau coulait sans arrêt en plus de trois
fontaines actuellement disparues !
En fait, imaginons-nous une ville ou
village sans eau ! Qui pourra y vivre ? Pas un seul être animal ou oiseau ! Et
pourtant l'on y vit en tant que citoyens contraints à y vivre et à s'y adapter
! Heureusement qu'ils jouissent de l'oxygène et de l'air pur des forêts et
montagnes avoisinantes.
Ces eaux furent conduites dans des canalisations en ciment du haut des montagnes ; de même l'Oued Merkal côtoyant le village à l'Ouest connaissait des eaux abondantes où nageaient des poissons et autres êtres aquatiques sans oublier des oiseaux migrateurs en pèlerinage saisonnier pour ce site.
Toute cette dynamique et toute cette faune … ont disparues laissant derrière elles des souvenirs ! Des souvenirs voulant qu'on parle aujourd'hui de ''Il était une fois à Beni Darkoul …'' comme si la logique voulait que le passé soit meilleur au présent ! Un passé glorieux tant au niveau socio-économique qu'historique. Nostalgie à un passé florissant laissant derrière lui le vide, nous rapporte une personne âgée avec un profond soupir !
Mais une chose nous a tant attirée
lors de notre séjour dans cette commune : le calme, Un calme que perturbe de
temps en temps le braiment ou le hi-han d'un âne au lointain, les cris des
marchands la veille et le jour du souk ou les aboiements des chiens la nuit !
Mêmes les quelques cafés semi-ouverts,
semi-fermés en souffrent ! Souffrance accentuée par les impacts
socioéconomiques dus à la pandémie du Coronavirus Covid19 à l'instar des autres
secteurs à l'échelon local, régional et national. D'ailleurs comment garantir
la propreté et l'hygiène de la population, des centaines d'élèves des
établissements scolaires et fonctionnaires relevant des autres administrations
en cette période de pandémie ?
Sur le plan historique, dit-on, la
commune Beni Darkoul fut la dernière à être soumise
au protectorat espagnol au niveau de la région de Chefchaouen. Sur le plan
économique. Bni Darkoul fut un pôle économique et un grand souk de la région
(actuellement concurrencé par d'autres souk tel Souk Lakhmiss Mdiq, Bab Taza
…). Jadis des cars (société espagnole ''Valenciana'' vendue à la CTM laquelle
a fait son apparition début des années 90 pour disparaitre deux ou trois ans
après et à jamais. D'autres sociétés ont fait la même chose ! …) y entraient et
y passaient la nuit reliant Beni Darkoul à Chefchaouen, Tétouan et d'autres
villes ... Une activité économique jamais retrouvée ! Des commerçants de Fès,
Karia Ba Mohammed, Ghafsay, Tétouan, Sebta … y vendaient leurs produits et
emportaient avec eux des quantités de produits agricoles locaux tels les œufs,
le beurre, des olives … Des camions, nous dit notre interlocuteur, quittaient
ce misérable village chargé de céréales, de raisin, de raisin-sec et d'autres
produits – selon les saisons.
Actuellement, le transport de Bab Taza-Chrafat à Beni Darkoul est assuré généralement par des fourgon Mercedes 207 (transportant dix ou plus personnes entassées en sardines, car on n'a pas de choix, pas d'alternative !) et quelques grands taxis reliant cette commune à Bab Taza, Chefchaouen, Tétouan, Tanger et d'autres villes.
Toutefois, il semble que l'état désastreux du tronçon de route Chrafat-Beni Darkoul (cinq kilomètres) est à l'origine du désintérêt des sociétés de transport à desservir cette commune.
Signalons la concentration des
cultures de cannabis ; point que j'ai évité de traiter auparavant de peur de
susciter des allergies à certaines personnes bien que cette activité tende vers
la normalisation, sinon la légalisation par l'État et donc sortir du cadre
tabou et permettre à ses cultivateurs de ne pas avoir froid aux yeux et se
libérer du sentiment de peur et de persécution !
Une discussion en cours de chemin
avec un sexagénaire (cuisinier à Dar Talib) sur les conditions socioéconomiques
des autochtones en général et les activités agricoles et celles relatives à la
culture du cannabis ! … Ce pauvre devait tirer un profond et douloureux soupir
avant de prendre la parole ! Avant, on ne cultivait que des céréales (blé, orge
et légumineuses), ce n'est que vers les années 1980-85 que la culture du
cannabis a été introduite, petit à petit, a Beni Darkoul pour se répandre comme
il en est à présent. Avant, on était tranquilles et on se contentait de peu de
choses et on était plus ou moins contents ! Actuellement seuls les grands
businessmans se permettent tout et mènent une vie paisible bien que persécutés
de temps en temps par autorités … A ce niveau, je lui ai demandé son point de
vue quant à la légalisation prévue du cannabis … En fait, dit-il, l'Etat a
raison de procéder ainsi : dorénavant, tout sera contrôlé et su par les
autorités. Celles-ci sauront qui pratique cette culture et la superficie
cultivée … C'est une bonne chose. Tout sera devant les yeux de l'Etat et à son
profit, conclue-t-il !
Dans ce cadre et citant le site LE TEMPSmag.ma[6],
"selon des études
réalisées par le ministère de l’Intérieur, dont la synthèse a été présentée
mardi dernier devant la Commission de l’Intérieur, des Collectivités
territoriales et de la Politique de la ville à la Chambre des Représentants'', la culture du cannabis médical
ouvrirait à l'amélioration des conditions de vie avec un revenu net de 110.000
DH/hectare à l'agriculteur, soit une amélioration de 40 % des recettes
actuelles sous conditions de respecter les normes d'une agriculture durable !
Cette étude de faisabilité relative à la légalisation de cette plante envisage
alimenter particulièrement le marché européen réalisant des revenus agricoles de 630 millions de dollars avec un revenu prévisionnel de 25 milliards de dollars
par an à l’horizon 2028. A savoir que les première enquêtes relatives à la
culture du cannabis remontent à 2003 et 2004[7] !
Certes, l'étude menée dans ce cade
par le ministère de l'intérieur est ambitieuse et prometteuse d'un avenir
meilleur pour les cultivateurs, en particulier les petits cultivateurs qui
labourent de petites parcelles de manière traditionnelle et avec l'aide des
membres de leurs familles (épouses et enfants) Des cultures vivrières ! Des
peines, dit-on, pour avoir quelques vingt ou trente mille dirhams l'année dans
les meilleurs des cas et si jamais ils ont pu échapper aux tracasseries des
autorités … Ladite étude menée dans l'horizon de la légalisation de cette
activité illicite jusqu’à présent suscite certes des craintes nous disent
certains témoignages. Comment ?
On n'est pas contre la légalisation,
nous dit-on, car celle-ci allait libérer un grand nombre des planteurs du
cannabis de la peur et des poursuites judiciaires … Ce qu'on craint, nous apporte un commerçant
et cultivateur de cette plante en même en temps, la façon de livraison de leurs
produits à une société accréditée par l'Etat : quels
seraient les conditions, garanties, normes et prix … ?
Déjà, nous rapporte notre
interlocuteur, sous le protectorat espagnol, les fellahs de la région livraient
leurs récoltes de cannabis à la Régie des Tabacs. Celle-ci procédait au triage
des plantes, choisissait une partie jugée bonne et le reste est brûlé ! Brulé
devant le regard ébahi du pauvre fellah voyant sa peine une année durant
transformée en cendres ! … Pour éviter de telles conduites ou des conduites
similaires, l'Etat doit être le principal et l'unique garant des cultivateurs
du cannabis, de leurs récoltes et de leur avenir.
Revenons au domaine de l'éducation
car nous ne devons pas passer sous silence la Mosquée El Kob qui abrite une
école privée d'enseignement traditionnel[8]
portant le nom du douar où elle est située, Douar El Kob.
La mosquée El Kob, selon le Président de l'Association Amitié gérant cet établissement, est une ancienne bâtisse remontant au 13e siècle de l'Hégire ; un patrimoine architectural, culturel et historiques réaménagé et restauré sur instructions de SM le Roi Mohamed VI en 2006. Il fut jusqu'en 1991 une sorte d'université nationale en matière des sciences théologiques et fondements de la charriâa accueillant des ètudiants des diverses régions du royaume, Une chose attirant l'attention de chacun s'y rendant pour la première fois : quiconque désirant entrer à l'administration, ou certaines salles de cours au sein de la mosquée est tenu à se débarrasser de ses souliers ! C'est la coutume ou la règle ! Sacrilège !
L'accès à cette institution exige que l'apprenant
maitrise très bien dans les trente-quarante 'Hizb'' (ou parties)
du Coran bien qu'il n'y ait jamais fréquenté une école de l'enseignement public
! Ainsi des élèves y sont admis directement en 5e ou 6e
Année primaire et doivent suivre en plus des cours théologiques, des cours de
mathématiques, physique-chimie, SVT et des langues étrangères (français et
anglais)[9] ! …
La Commune Beni Darkoul semble être l’image-type d'autres communes rurales au Maroc vivant la marginalisation et la privation de l'accès au minimum de leurs droits et besoins primaires dont l'eau pour boire et se laver ou faire leurs ablutions ... bien que la région dispose d'un potentiel hydraulique intéressant étant donné la pluviométrie élevée enregistrée chaque année. En effet l'eau coule partout et des tuyaux pareils à des serpents noirs couvrent le douar se procurant l'eau des ruisseaux ou s'en servir pour l'irriga\tion des cultures de cannabis.
En matière d'environnement, la commune est appelée
à déployer davantage d'efforts bien que la collecte
les déchets ménagers et ceux laissés sur place par les commerçants le jour du
souk soient relativement assurés. Se référant au passé du Souk El Had Beni
Darkoul, les autorités locales et les élus actuels et futurs ont pour devoir
d'œuvrer au développement durable de leur commune, Commune Beni Darkoul.
En fait, le Conseil de la Commune
rurale Béni Darkoul, particulièrement le prochain qui sera issu des élections
prochaines 2021, a du pain sur la planche et plusieurs défis l'attendent et
devrait s'y préparer pour les affronter avec perspicacité et courage pour
pouvoir répondre aux attentes de leurs électeurs et de leur commune !
Le souk attend toujours la reprise
des travaux d'aménagement, d'assainissement et voiries … amorcés puis
abandonnés, le réaménagement de la route amenant de Chrafat au village, 5 Km
actuellement dans état désastreux et à risques pour les usagers, adduction en
eau potable de façon permanente et continue, sans oublier les secteurs sociaux
(sante et éducation publique, centre de formation et de qualification
professionnelle), etc.
Ce n'est qu'ainsi qu'on pourrait
encourager les gens et les commerces à s'y installer, attirer des investisseurs
car la région est encore vierge et a besoin de la création d'emplois pour les
jeunes et d'autres actives alternatives (tourisme rural par exemple) à la
culture du cannabis….
Simple point de vue d'après nos
constatations sur terrain et contacts directs avec les habitants du village.
Simples constatations sans aucune prise de partie.
Espérons, enfin, à ce qu'un jour, la Commune Rurale Beni Darkoul puisse revivre son passé dynamique et glorieux pour le Bien-Etre des habitants et pour le développement socioéconomique durable de Had Beni Darkoul.
[1] Patrimoine architectural nécessitant entretien et restauration.
[2] ''Oficina'' en espagnol signifie bureau
[3] Jadis, une infirmière volontaire exerçait dans une boutique au souk !
De plus les accouchements se déroulaient sans problèmes à l'aide des ''kablas''
traditionnelles !
[4] L'unique pharmacie du village vient de plier bagages ailleurs pour
laisser un grand vide dans le domaine pharmaceutique et approvisionnement des
citoyens en médicaments de première nécessité … et produits vétérinaires !
[5] L'adduction en eau potable de manière (relativement) permanente vient
d'être effectuée en ce début d'avril 2021 ! Heureusement, en fin ! Mais, des
coupures intermittentes (en particulier la nuit) apparaissent depuis le début
mai 2021 et coïncident avec le lancement des labours du cannabis ! …
Coïncidence ou début de la sècheresse des sources ? En tout cas, difficile
vivre sans eau ! ….
[6] LE TEMPSmag.ma. Vendredi 7 mai 2021.
[7] MAROC, Enquête sur le cannabis 2004. Nations Unités-Office contre la
drogue et le crime (NDOC) / Agence pour la Promotion et le Développement
Economique et Social des Préfectures et Provinces du Nord du Maroc 9APDN).
[8] Ecole privée El Kob
d'enseignement traditionnel مدرسة القوب الخصوصية للتعليم العتيق
[9] Cf. Mon Rapport-Constat du 28 février 2021 a/s de l'enseignement
traditionnel … En resumé et comme point de vue, cet Enseignement dit traditionnel semble dépassé et nécessite une
réforme pour pour suivre l'évolution du siècle imposée par les
NTIC et inventions industrielles et technologiques.








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